Métro 2033 – Dmitry Gloukhovski [Critique]

Que feriez-vous si vous n’étiez que les restes tristes d’une humanité éradiquée ?

metro 2033

Metro 2033 – Synopsis

Année 2033, Métro Moscovite, l’humanité est confinée dans les sous-sol après une apocalypse nucléaire ayant eue lieu une vingtaine d’années plus tôt. Artyom est un jeune homme connaissant tout de sa station mais rien du reste du métro. Il garde la frontière de VDNKh aux prises avec les Noirs, créatures immenses et repoussantes qui ne cessent de vouloir s’engouffrer dans les tunnels du métro.

Un jour en rentrant de sa garde il rencontre Hunter, un stalker habitué aux sorties à l’extérieur qui lui donne une mission. Il a entendu parler des problèmes de VDNKh pour sécuriser leur station et va enquêter, s’il ne revient pas, il charge Artyom de se rendre à Polis, station faisant office de capitale militaire et culturelle pour délivrer un message contenu dans une cartouche de fusil. Artyom accepte, Hunter ne revient pas, Artyom part.

C’est normal en Russie

Alors c’est bien beau tout ça, mais si je me suis tapée un pavé de 800 pages et ait commandé la suite le jour exact où j’ai fini ce premier tome, c’est que je l’ai aimé ce livre ! Ma première entrée dans le roman d’anticipation s’est très bien passée, j’y ai découvert une simulation intelligente de ce qu’aurait pu être l’humanité après une longue guerre intestine. Parlons avant de commencer la partie qui traitera de l’histoire en elle même de ce conflit.

On en sait très peu de choses, certains personnages l’évoquent rapidement au détour d’une conversation comme on le ferait pour la guerre d’Algérie ou du Vietnam actuellement. A la différence près que dans Metro 2033, les conséquences du conflit sont plus meurtrières et inhumaines que celui-ci. Les hommes se retrouvent parqués, chassés par les créatures de la surface, relégués à leur condition de rats du métro. On sait que la nature du désastre fut nucléaire, la surface étant irradiée. Elle a donné naissance à toute sorte d’abomination qui prouvent que l’évolution suit bien son cours même sans les humains.

metro 2033

Au commencement du roman, la guerre a eue lieu environ 20 ans auparavant. Artyom, lui, n’a aucun souvenir de la surface, sans doute né dans le métro et c’est ce qui fait une des forces du roman.

Les découvertes d’Artyom

Plus qu’un état des lieux d’un monde en déliquescence, Métro 2033 offre à travers les yeux de son protagoniste Artyom, un tour de cette humanité potentielle. Il découvre perpétuellement, que ce soit la vie des autres stations ayant chacune sa particularité ou la vie à la surface avant la guerre.

Les stations d’abord sont comme des villes, voire des pays. Certaines se déclarent la guerre, certaines se font le reflet de vieux conflits de la surface à l’image de la ligne Rouge, où s’étend le communisme et qui se frotte quotidiennement aux Nazi du Quatrième Reich. On peut également citer Kitaï Goro, tripot à l’échelle d’une station où se mélangent parieurs, bookmakers, vendeurs d’alcool de champignon et prostituées.

A propos de la surface, Artyom ne sait que très peu de choses. Il voit une voiture pour la première fois à la fin du livre, n’arrive pas à croire en l’omniprésence des ascenseurs, ne comprend pas à quoi pouvait bien servir une TV et découvre l’histoire du monde à travers les livres. Il est, de fait, bien meilleur en histoire ancienne qu’en histoire contemporaine et en vient régulièrement à se demander quels sont les visages qui ornent certaines stations, qui représentent ces grandes statues de l’ère soviétique.

Peu d’habitants du métro semblent se rappeler de la vie avant l’enfouissement, mais ceux qui la racontent se perdent irrémédiablement dans les affres de leurs souvenirs et offrent de très émouvantes répliques.

Le métro, les Nazi et les autres

Ce qui est le plus touchant dans cette expérience de lecture n’est pas tant l’histoire et son dénouement mais le périple. Au cours de son voyage Artyom va croiser un nombre de personnages hauts en couleurs hors du commun. De Khan, le descendant de Gengis auto proclamé et mystique à ses heures perdues à Mikhail Porfirevich, vieillard jamais avare en anecdotes sur la vie à la surface, voyageant avec son petit fils handicapé mental en passant par Melnik, le Stalker dur et froid mais incroyablement efficace.

metro 2033

Même les Nazis présents au sein du Quatrième Reich sont humanisés contrairement à certaines productions de fiction. A un moment, Artyom entend deux officiers discuter de leur logo, cette roue à trois branche, svastika amputée. L’un soutien qu’il n’y a que trois branches pour représenter les trois stations détenues par le Reich quand l’autre lui soutien qu’il s’agit d’un signe mystique de je-ne-sais-plus-quelle signification. Ce dialogue simple, couplé à leur haine aveugle du bronzé se confronte à la vision d’un Artyom naïf qui tremble lorsqu’on lui parle « des Noirs », associant ce terme à ces terribles créatures qui se pressent à VDNKh.

On sent dans les mots écrits par Dmitry Gloukhovski un véritable amour de son prochain, de sa culture, du lien humain malgré la noirceur du thème traité. Jamais caricatural, les personnages ont tous plusieurs facettes, réagissent en fonction des dures conditions qui leur sont imposées. Chacun a sa méthode, de l’évitement de la réalité de Mikhail Porfirevich à la résignation du père adoptif d’Artyom, aucun ne garde une attitude neutre face à cette épreuve ne donnant que peu d’espoir à l’humanité.

Un véritable message humaniste au sein d’une humanité dévastée

Ce qui m’a le plus frappée avec Métro 2033, c’est sa capacité à dire « Tu vois le monde ? C’est de la merde, mais y’a des gens bien au milieu de tous ces connards et je ne vois qu’eux ». L’emphase est plus mise sur les moments de grâce que ceux désespérants. Pourtant il y aurait largement de quoi, la plupart des habitants du métro sont tristes, mornes, survivent à peine mais Dmitry Gloukhovski a choisi de mettre en avant les techniques de chacun pour s’en sortir, de la remémoration constante de la vie d’avant de certains à la capacité d’autre à se comporter comme des animaux, œuvrant pour leur survie, l’évolution de la race humaine comme l’entends Hunter. Sans jugement, Dmitry Gloukhovski  navigue entre tous ces profils, raconte comme un explorateur extérieur ce qu’il voit.

metro 2033

Des failles dans le Métro

Pour finir, vous me connaissez, je ne peux pas faire une critique dithyrambique sans opposer quelques réserves. J’ai pu lire sur l’internet (et principalement des lecteurs anglophones) que l’histoire leur semblait inutile et sans but.

Je dois avouer que l’un dans l’autre, je suis plutôt d’accord avec eux. Le livre s’enchaîne comme une suite d’épisodes d’une série fleuve. Artyom arrive dans une station, rencontre quelqu’un ou accomplit une action, CA TOURNE MAL, il tente de s’en sortir et d’avancer vers Polis, se remet en question, s’en sort et est prêt à recommencer tout ça dans une nouvelle station. C’est comme si chaque événement n’est relié aux autres que par les rails et couloirs du métro, s’ils n’étaient pas là, tout pourrait se passer dans un ordre différent. Et croyez moi que quand vous l’avez remarqué, ça vous rend la lecture de la fin du livre moins agréable que le début malgré quelques fulgurances tardives (Le mystère de Park Pobedy par exemple).

En définitive, je conseille absolument ce livre à ceux qui voudraient s’initier au post-apo. C’était mon cas avant ce livre, maintenant je pense pouvoir m’attaquer à des lectures plus compliqués dans le domaine.

Des conseils ? Et si vous l’avez lu… Fantastique ou pas ?

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Artwork par Freelancerart
Couverture Géorgienne du livre
Images du jeu Metro 2033
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