Pourquoi Lovecraft c’est trop cool ?

Alors oui, le titre est pas très Français, mais vous êtes habitués avec moi. Non ? Alors vous allez avoir du mal à supporter mon admiration inégalable pour ce grand personnage qu’est H.P.Lovecraft. Courage.

lire lovecraft

H.P.Lovecraft est un auteur né en 1890 en nouvelle Angleterre. Aux États-Unis quoi, dans la ville de Providence. Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire un inventaire Wikipédia du bonhomme, mais tout au long de sa courte vie, il s’est démené à créer des mondes intriqués, terrifiants, grouillants qui révèlent beaucoup de choses sur leur auteur, sur leur époque et sur les craintes d’alors.

Mort à Providence toujours, il a décrit tout au long de sa vie la crainte de ses contemporains, et la sienne sans doute aussi, à l’approche de la révolution industrielle. Si Lovecraft parle si souvent de gigantesques créatures cosmiques, de voyages dans l’espace et les dimensions, c’est sans doute qu’alors, les progrès technologiques ne laissaient entrevoir que plus de questions encore que de réponses. Il décrit ces mondes dans des nouvelles, qu’il vend à des magazines sans rencontrer de véritable succès, la plupart de ses œuvres mettant un temps incommensurable à être traduites.

Lovecraft

Contrairement à une idée très (trop) répandue, Lovecraft n’a pas fait que créer Cthulhu, il a aussi imaginé son monde et d’autres monstres aussi anciens que le géant à tête de pieuvre. D’ailleurs, je vous jure que le prochain qui me parle de Pirates des Caraïbes lorsque je décris Cthulu, je lui enfonce la tête dans le rectum. Je suis rarement chiante et puriste, mais j’ai lu au moins deux fois chacune de ses nouvelles et la plupart m’ont profondément touchée. Parmi celles-ci, je dois vous parler de celle qui m’a arraché une larme, le monstre sur le seuil dont je me refuse de révéler quoi que ce soit du synopsis tant la nouvelle est courte et gagne à être découverte.

LoveCraft et le Steampunk

On parle souvent de Lovecraft comme étant l’initiateur du mouvement Steampunk, imaginant une technologie se basant sur la vapeur, les engrenages et la chimie plus que sur l’électricité et l’électronique. Il est clair que se dégage de ses écrits une profonde crainte de la modernité. Pourtant, Lovecraft décrit la vie de ses contemporains comme entourrée de mystères, de zones sombres comme dans la nouvelle la maison de la sorcière, mélangeant anciennes craintes païennes et déconcertante modernité représentée par les voyages entre différentes dimensions et la géométrie omniprésente.

L’esthétique des romans de Lovecraft est humide, poisseuse, sale, sombre et pourtant belle. Il aime ces toits biscornus, ces anciennes villes, ses personnages sont souvent historiens ou du moins curieux à propos du passé. Il décrit les villes comme on raconterait des machines, des engrenages intriqués entre eux et c’est peut-être ce qui a donné des idées au mouvement Steampunk qui suivit.

Culture Pop et Lovecraft

Maintenant, tout le monde connait Lovecraft, sorte de Poe underground. Ses œuvres ont été utilisées dans les jeux vidéo, les films et nombre d’auteurs se sont inspirés du style reconnaissable entre mille de Lovecraft. Il existe même des anthologies, largement en dessous du niveau du maître si vous voulez mon avis, où des auteurs s’imprègnent du climat poisseux des écrits de Lovecraft.

Bien sûr je critique, mais en tant qu’auteur, ce serait un rêve de participer à ces anthologies hein. 

Aujourd’hui, on parle plus de Steampunk que d’univers Lovecraftien, c’est compréhensible, il n’a fait que lancer la mode, mais il y a quelque chose que jamais le Steampunk ne pourra refléter…

Lovecraft l’auteur

(Je crois que j’ai jamais autant écrit le nom « Lovecraft » et c’est même pas une astuce de SEO, d’ailleurs faut que j’écrive un article là dessus)

Petite partie plus personnelle si vous me l’accordez, en même temps vous n’avez pas trop le choix. Il y a deux ans, lorsque j’ai commencé à lire Lovecraft intensément, c’est-à-dire me faire sa bibliographie en entier en l’espace de quelques mois, j’étais dans une passe de ma vie délicate. Je naviguais entre deux contrats aidés payés 500€/mois, vivant en colocation alors que clairement, j’aspirais à autre chose. Je n’avais pas une bonne image de ce que je faisais tant au niveau professionnel que personnel et j’avais une très mauvaise habitude contre laquelle je me bats toujours aujourd’hui : je vivais en décalé. Je dormais jusqu’à 14 h et restait éveillée à 4 h du mat’. Je vivais donc dans une sorte de non-monde, me couchant alors que tout le monde se réveillait, dormant quand tout le monde vivait.

Et histoire de donner dans le lieu commun, je compris très vite que la société Française et même mondiale n’était pas adaptée à mes lubies et que je devrais moi, me plier à ces modes de vie « normaux ». Pourtant, assez inexplicablement, j’étais morte de trouille à l’idée de faire ce pas, comme si on allait me retirer quelque chose, comme si au final, j’allais être une ombre, comme toutes celles qui se lèvent à 7 h tous les jours, prennent leur dej, vont au taf en tram/métro/vélo/t-rex. Et bordel, ça me faisait mal, très mal, je n’arrivais pas à passer ce cap, à sauter dans la « normalité ».

Pour revenir au cœur de ce paragraphe sans sombrer dans une analyse psychologique des tenants et des aboutissants de cette pratique, je lisais Lovecraft en allant au boulot à 12 h. Je le lisais dans le tram ou le bus, et je ne me posais pas tant que ça la question du personnage derrière les écrits. Je suis très rarement une groupie de l’auteur mais plus souvent de sa production. Quand un jour, dans le tram donc, je pris connaissance de la préface d’une énième anthologie de nouvelles. Dedans, ils racontaient le personnage, ils racontaient Lovecraft.

Lovecraft

Tout comme moi, il était insomniaque, travaillait à écrire la nuit et ne fréquentait que très peu la journée. Comme moi il avait une santé misérable et finalement, comme moi, il se sentait hors de ce monde. Il n’a pas connu énormément de succès au cours de sa vie avec ses écrits et je ne pouvais m’empêcher de me demander ce qui aurait changé si ça avait été le cas.

Mais cette question à part, découvrir qu’une personne produisant les écrits que j’aimais tellement avait au final les mêmes problèmes que moi me fit pleurer. Oui, dans le tram, comme une vieille merde. Vous n’imaginez pas le soulagement que ça avait été et avec le recul, je pense que ça m’a aidé à accepter ma personnalité et ma façon de concevoir le monde. Alors voilà la raison que je retiendrai de « Pourquoi Lovecraft il est trop cool ? »

Parce que sa vie a su me toucher quand j’en ai eu besoin.

Maintenant j’ai une vie normale, je fais partie des zombies le matin qui empruntent le métro, avec une vieille haleine de fond de cendrier froid, la mine grise et l’oeil aussi vif que celui d’un merlan sur les étals. Mais vous savez quoi ? Je suis toujours « le bizarre » du boulot, de la société. Alors même si des fois c’est chiant de n’être que considéré comme tel, parfois, ça me rappelle que je n’ai pas sombré et qu’un jour j’espère inspirer quelqu’un comme Lovecraft l’a fait.

Aller, on se dit à la prochaine, mangez du poulpe et n’hésitez pas à me faire part, enfin à faire part à l’internet entier, d’une histoire similaire avec un auteur, ou même de votre propre rapport à Lovecraft. Ça fait click-bait genre « laisse-moi un com » mais c’est très sincère.

Bisous.

Images :
Portrait de l’auteur
Croquis N&B du Cauchemar d’Innsmouth par Jason Thompson
Le Monstre sur le seuil par Igor Korotitskiy

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