Article : Clint / Les Antennes

Retrouvez ci-dessous mon article pour les Antennes écrit à la suite d’une rencontre avec un jeune à Grenoble.

Homeless

Je suis un jeune homme de vingt quatre ans. Appelons moi Clint, enfant, j’adorais les films avec Clint Eastwood et j’ai dû changer de nom, l’ancien appartenait à une vie dont je ne me souviens pas. L’ancien représentait un foyer, une famille, la chaleur et la simplicité d’un café le matin en regardant les infos avant de partir au boulot. Clint, ça représente ma vie actuelle, la rue.

On me lance des regards tantôt inquiets tantôt agressifs, pensent-ils que j’ai choisi cette vie ? Pensent-ils que me tenir là, sur un morceau de carton détrempé avec mes deux chiens et affamé est un choix ? J’ai été curieux, je n’aurais pas dû. Une pétition circule sur le net, avancée technologique qui ne m’est que rarement accessible, pour nous virer. Les commentaires sont accessibles à la vue et la mienne s’est posée sur des mots que je rêve d’oublier. On nous traite de faux pauvres, de marginaux volontaires, de parasite de cette société et j’en passe. Je ne comprends pas cette animosité, on est là, on existe, pensent-ils que nous parquer à l’extérieur de la ville changera le problème ? Des ghettos, des favelas, voilà notre avenir ?

J’ai passé une mauvaise nuit, écrasé par la chaleur et les poumons plein d’un air vicié de pollution, agité par cette impression d’être indésirable. Plus que jamais auparavant, je me suis senti poussé, je pouvais presque sentir des mains dans mon dos. Et puis j’ai eu cette crise de colère, seul, je me suis emporté contre tout, n’importe quoi, la vie, la rue, les autres. Je n’ai d’autre souhait que d’être accepté, le rejet empire mon état. Il fait chaud, mes vêtement puent, je suis en nage et j’aimerais cogner quelque chose, pas quelqu’un. Je ne suis pas quelqu’un de violent, mais ces mains qui me poussent hors du seul endroit où vivre n’est pas un calvaire me révoltent.

Ne sommes nous pas humains ? Cette pétition me révolte, tant parce qu’on nous rejette mais aussi parce qu’on ne nous comprends pas. Je ne demande qu’à partager cette expérience de la vie, cette souffrance quotidienne. Mais qui serait prêt à le faire ? On nous traite de faux pauvre, mais à votre avis, si j’avais un appartement ou au moins un coin de jardin, un endroit à moi, est-ce que je resterais à subir le regard froid et indifférent des passants ? J’ai fait de mauvais choix, bien sûr, je n’en suis pas fier et ceux ci sont de ma seule responsabilité mais s’il y en a bien un que je n’assume pas, c’est d’avoir à vivre sous vos fenêtres.

Aujourd’hui, après cette nuit de rage, mes muscles étaient tendus, recroquevillé, j’ai nourri mes chiens d’une main tremblante. Une petite ombre à recouvert la tête de l’un d’entre eux, j’ai levé les yeux, un petit garçon me regardait fixement. J’avais honte, me montrer ainsi à un petit être en construction, mais il a tendu la main vers moi. En son sein, une petite pièce, je ne sais plus, dix ou vingt centimes. Un petit sourire sur son visage et une maman radieuse derrière lui alors j’ai refermé sa main sur la pièce. J’ai plus besoin de considération que d’argent.

(Merci à Clint, ses chiens, sa communauté qui m’a accueilli sans appréhension.

Crédit photo : Métro)

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