Article : Grenoble : Le jugement / Les Antennes

Retrouvez ci-dessous mon article pour les Antennes faisant suite aux dégradations de l’exposition de Pauline Lamouroux à Grenoble.

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Pourquoi ?

C’est une question qui revient sans cesse. Je me la pose souvent en qualité de journaliste, sur tout, sur rien. Pourquoi ci, pourquoi ça et souvent, la réponse est mathématique, philosophique ou scientifique. Mais pas aujourd’hui.

« Pourquoi font-ils ça ? »

Il y a quelques semaines, j’écrivais un article sur l’initiative de Pauline Lamouroux, souvenez vous, une exposition au jardin de ville de photographies et de textes écrits par les sans abris. Devinez quoi ? Elle a été vandalisée. Finalement, l’exposition dérange tant que certaines personnes ne peuvent soutenir sa vue au point de décrocher les portraits au bout de quelques jours seulement. Soit, on les pends à nouveau aux arbres, c’est bien sûr idiot, mais ça ne marque pas, on lace ses chaussures, retrousse ses manches et on passe à autre chose. Puis autre chose vient vous crier au visage tout son mépris.

Quelques jours plus tard encore, les photographies ont déserté les lieux, on les cherche et puis la brutalité de la haine de certains nous crache à la gueule. Ah elles sont bien là, mais déposées dans et sur des poubelles. Comme si le premier message n’était pas clair. Cette fois ci, c’est pire, non content de mépriser le travail de Pauline et des éducatrices du CoDase qui l’ont aidé, le message est clair, « Voilà ce qu’on fait de votre projet. »

Les poubelles, les ordures, c’est pire que des insultes et ça révèle parfaitement la philosophie de ces personnes ne supportant même pas de laisser la parole aux sans domicile et la question revient. Pourquoi ?

Le travail dans le social nécessite de toujours se poser ce genre de question, de chercher des solutions, de se démener. Mener un projet, photographique, écrit ou raconté, c’est des démarches, des rencontres, des journées passées le nez collé à un écran, dehors ou à courir ci et là pour enfin, voir son implication se concrétiser sous la forme d’une exposition. Deux semaines plus tard, on la retrouve dans les poubelles. Imaginez le ressenti de ceux qui ont travaillé dessus.

Et puis il y a aussi la deuxième lecture du projet, l’aspect social, tous ces sans abris qui s’étaient confiés, prendre en photo dans tout le dénuement de leurs vies, agrandir, placarder au mur et qui retrouvent leur portrait aux ordures. Et vous, exposeriez vous votre vie dans ses aspects les moins flatteurs et captureriez des images sous votre mauvais profil pour les découvrir arrachées et balancées dans les poubelles. Réfléchissez-y.

Mais bien sûr, l’affront n’était pas assez grand, les mots pas assez blessants, eh oui, le message n’était pas bien passé, quoi de mieux de l’étaler en grand sur un site internet ? Ne parlons pas de politique et de l’orientation du domaine en question, ce n’est pas le propos, les gens ont le droit de choisir leur vote, mais d’insulter et de rouler dans la boue l’image d’autres, non.

Grenoble le changement propose de rester dans des mentalités archaïques et agressive, peut-être est-ce la voie du changement selon eux ? Ils exposaient jusqu’à peu de temps des images appartenant à l’exposition de Pauline et d’autres prises, sans doute par un grand artiste investi de la mission de nous ouvrir les yeux, avec des commentaires très bien inspirés et de bon goût. « Zonard rechargeant sa vessie. » était sous-titrée une belle photo d’un jeune homme buvant. Ce qui est apparemment devenu un signe clair d’affront et une exaction sans nom est devenu un sujet de railleries. Passons sur le fait que les photographies de l’exposition et celles prises à la sauvette n’avaient aucun droit juridique d’être ainsi diffusées. Plus choquant encore c’est le ton agressif employé. J’invite tout le monde à lire les témoignages de cette exposition, regarder les photos et offre un trophée de paranoïaque de l’année à celui qui peut y trouver des propos agressif.

Pourquoi alors ? Je cherche, ces gens se sont sans nul doute sentis « Envahis » dans leur espace public, soit, ce n’est peut être pas aussi beau que la bastille à regarder, peut-être les odeurs de ceux qui n’ont pas la chance de se doucher au moins une fois par jour sont incommodantes. Mais eux, ne se sont pas posés la question « Pourquoi sont-ils là ? »

Pas pour leur bon plaisir, ceux qui croient qu’ils passent leurs nuits dehors, leurs jours sous le soleil, la pluie, exposés à des regards tantôt méprisants, tantôt emplis de pitié ont vraiment besoin de faire analyser leur capacité de compréhension. Ces jeunes ont fait des choix, peut-être mauvais, on leur en a peut-être imposés, ils ont traversés de durs passés et la réponse de ce site est de s’en moquer, de vouloir les repousser hors de la ville. Bien, parfait, bonne idée, créons des favélas pour entourer l’autoroute, c’est vrai que ce goudron là est déjà peu esthétique, il n’a pas besoin d’être beau. Créons des digues, des quartiers, des guettes, avec de la chance la marrée de la misère n’atteindra pas les quartiers du centre ville et enfin, tout le monde pourra flâner dans une bulle factice façon The Truman show.

C’est avec ce genre de réaction qui préfère écarter plutôt que de comprendre et de prévenir que la bulle éclatera, tôt ou tard. Soulevons ensemble le dernier « pourquoi » de cette simili-crise, le dernier qui résume bien toute cette affaire.

Pourquoi Pauline et le Codase ont réalisé cette exposition? N’y a-t-il pas de meilleur exemple pour y répondre que ce site, Grenoble le jugement, pardon, le changement ?

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